Gros lapin fait son carnaval par Andr é  J. P. Dubois, aux édition ABM (collection Faits et société) ISBN 978 2 3515152 156 4

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Tout d’abord quelques remarques  assez secondaires : Peyresq et Peiresc sont souvent mal orthographiés avec des erreurs différentes ce qui est assez curieux ;

La Maison de Pays de Beauvezer n’est pas un ancien hôtel de luxe mais une ancienne filature (il doit s’agir d’une confusion avec l’Alp Hôtel), et c’est surtout le siège de la Communauté de communes du Haut Verdon-Val d’Allos. Ce dernier n’est pas constitué de 29 communes (l’intercommunalité n’en comprend que six, et je ne suis pas sûr par ailleurs que l’on puisse considérer Saint-André dans son aire d’influence.

Mais passons ces aspects secondaires, le livre a le mérite d’attirer l’attention sur les enjeux présents et futurs de la vallée. Les deux questions fondamentales qui ressortent et qui se recoupent sont celles du développement et de sa maîtrise. Les deux problèmes qui en découlent dépassent largement le cadre de vallée : d’un côté la maîtrise du développement renvoie à la question du pouvoir et plus précisément aux modes de décision, qui décide ? Le citoyen a-t-il son mot à dire ? Si oui, par quels moyens ? La population de la vallée sera-t-elle associée aux choix futurs ? La démocratie participative, thème à la mode, prends tout son sens sur des choix qui engagent l’avenir de tout un territoire ; la dimension du territoire est a priori propice au développement de pratiques participatives (seulement 2000 habitants sur six communes), mais on peut se demander si les enjeux sont suffisamment explicités et s’il y a une volonté politique d’aller dans ce sens. L’autre côté, c’est celui de la préservation de l’environnement au sens large, ce qui inclut à la fois la préservation des espaces naturels et des paysages, la préservation des ressources naturelles et énergétiques ; sur le plan local il s’agit surtout de l’eau et de son traitement après utilisation. Et tous les villages ne sont pas encore pourvus en systèmes d’assainissement efficaces. Sur le plan des transports et de la consommation d’énergies électrique et pétrolière, les problèmes dépassent nos limites locales et la région PACA doit faire face à une situation déjà critique. En effet, l’attrait de notre région a pour conséquence d’attirer chaque année environ 40 000 nouveaux habitants, soit l’équivalent d’une ville comme Aubagne. La saturation immobilière de la côte s’étends peu à peu à l’arrière-pays, les prix augmentent (ou du moins ont augmenté avant la crise). Chaque nouvelle urbanisation entraînent des conséquences lourdes à la fois sur la consommation électrique, et sur les transports. Rappelons que la région PACA produit à peine 35 à 40 % de ce qu’elle consomme, elle doit donc acheminer son électricité sur des réseaux souvent vétustes et saturés rendant la situation assez critique notamment en « bout de ligne » (Var et Alpes-Maritimes). Sur le plan des transports, c’est guère mieux : il n’y a que deux alternatives possibles la route ou le rail, la baisse récente des prix à la pompe nous fait oublier un peu vite que l’on se rapproche dangereusement de la fin de l’aire du pétrole, la demande mondiale est ralentie mais c’est reculer pour mieux sauter. Le rail quant à lui fait l’objet de lourds investissement, mais ils restent encore insuffisant, un exemple dans la vallée de la Durance la ligne non électrifiée est totalement obsolète, les coûts de modernisation seraient particulièrement onéreux. Sur la ligne Nice-Digne on s’attend à un investissement lourd mais plusieurs problèmes se posent sur le plan technique (les nouvelles rames envisagées seraient par exemple trop lourde pour le ballast…) Quoi qu’il en soit la survie de la ligne semble aujourd’hui assurée, la Région s’y est engagée et les investissements sont inscrits dans le Contrat Plan Etat-Région. C’est une chance réelle de disposer de cette ligne. Ce sera probablement un atout supplémentaire lorsque le pétrole tirera sa révérence. Il ne faut pas négliger ce mode de transport, celui-ci a besoin de solidité comme à ses débuts, c’est-à-dire de voyageurs nombreux. Je ne crois donc pas que l’annonce du doublement du trafic soit un danger pour nous, d’une part cet objectif ambitieux ne se réalisera pas facilement, d’autre part ce peut être un moyen de réduire la circulation automobile de la vallée (il existe par exemple des forfaits très bon marché au départ de Nice pour pas passer des séjours dans les stations du Val d’Allos). Je crois également savoir que la gare de Thorame ne vends en moyenne que 8 000 billets par an ce qui est très peu réparti sur une année.

La question de la maîtrise du développement est centrale, elle ne peut être confiée aux seuls élus, il parait donc indispensable que les citoyens, résidents permanents ou non se saisissent de la question. La vie locale dynamique est riche en structures de discussions et de rencontres. Si le débat nait au sein des associations, si elles se fédèrent, la population deviendra maîtresse de son territoire et de ses choix.

Prolonger la réflexion…

A travers la question énergétique, le livre nous parle aussi du village d’Ondres. Ce lieu préservé se situe avec quelques autres en dehors des chemins touristiques classiques et c’est sans doute une bonne chose. Pour autant, les Ondraincs d’aujourd’hui semblent ne pas vouloir être une « réserve d’indiens » si j’ose dire. La fée électricité longtemps absente du village a fait son apparition (même si l’oreille attentive pouvait entendre ça et là le ronronnement de quelques groupes électrogènes). Mais c’est en se tournant vers son histoire et sa géographie qu’Ondres souhaite se diriger aujourd’hui vers les énergies renouvelables, souhait-on lui le succès. Cette ouverture sur l’extérieur par une expérience d’énergie renouvelable dans un lieu réputé pour son aridité et autrefois son isolement devrait nous amener à réfléchir sur notre identité : qu’est-ce qui fait notre singularité ? Mais aussi qu’avons-nous en commun ? Et comment s’en inspirer pour regarder vers l’avenir ? Ceci implique une appropriation individuelle et collective de notre histoire, cette étape est essentielle avant la mise en valeur de notre patrimoine pour ensuite la partager avec d’autres. Ceci est vrai à l’échelle de chaque village, parfois au sein d’une même commune comme Thorame-Haute, mais c’est vrai aussi à l’échelle de la vallée vis-à-vis de l’extérieur. Pour reprendre l’exemple de Thorame, chaque village et hameau possède ses propres attraits : Ondres un village préservé dans son environnement, Peyresq également mais très ouvert sur l’extérieur, La Colle, une station de ski de fond à taille humaine, Thorame, une histoire riche, un espace largement agricole… Qu’est-ce qui nous uni au-delà de l’espace administratif ? Et que nous partageons peut-être avec Thorame-Basse ? C’est en répondant à ces questions ensemble que nous pourrons trouver une ligne directrice cohérente ne serait-ce qu’au sein de la communauté de communes très orientée vers tourisme dans le haut de la vallée. La prise en compte des spécificités du bas de la vallée fait d’ailleurs débat

André Dubois termine son livre en déplorant le manque d’entraide, on ne peut que le rejoindre à la fois dans le manque de partage de l’information (projets en cours, informations historique ou scientifique), le manque de coopération, de débat. Pourtant de nos jours les outils existent Internet permet le partage rapide des idées et des informations, mais cela dépend aussi de la bonne volonté de chacun. L’intention est déjà un grand pas.

Une dernière réflexion sur une phrase que j’aime beaucoup : « la découverte du monde ancien est une leçon pour le futur », c’est terriblement vrai, mais n’y a-t-il pas un certain désintérêt surtout parmi les jeunes pour le patrimoine ? Ce mot a quelque chose de très ringard lorsqu’il est associé à un passéisme, à un culte des ancêtres. Le rapport de chacun au patrimoine est forcément différent, un thoramien de souche ne le ressentira pas de la même façon que le vacancier de longue date ou encore le visiteur de passage mais il est important de sensibiliser à sa connaissance, sa préservation et son partage. Les élus ne sont pas non plu sensibilisés à la question, les projets du programme LEADER visent à valoriser un certain patrimoine mais laisse de côté tous les autres, c’est-à-dire le « petit patrimoine » vernaculaire, mais nous aurons l’occasion d’en reparler.

Voir le texte du maire de Thorame-Basse sur le site Web de la mairie au sujet de l'étude de positionnement touristique vis-à-vis du programme LEADER.