logo_A3V Le projet FEDER de mise en tourisme du patrimoine à l’échelle du Pays A3V réalisé avec le concours du bureau d’étude Atemia passe par la mise en valeur de trois sites muséographiques (voir articles précédents). Parmi eux, le buffet de la gare de Thorame. Il faut bien voir qu’il s’agit d’un projet d’une d’ampleur qui permettra de structurer l’offre touristique et de la renforcer comparativement à d’autres espaces touristiques. Le diagnostic est clair sur ce point, il nous faut préparer l’avenir économique de nos territoires sans plus attendre. Les retombées attendues se feront en terme d’emplois, de fréquentation sans doute, et espérons-le de soutien au tissu économique (commerces et agriculteurs notamment). Le détail du projet est livré dans un document de présentation accessible sur le site Web qui lui est dédié. Voici donc pour y voir plus clair, les principaux points du projet retranscrit et quelques remarques pour le territoire de Thorame. (Cliquez sur les photos pour les agrandir.)

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Concernant la thématique choisie pour l’aménagement du buffet de la gare

La thématique choisie est intéressante avec un angle d’attaque original qui permet d’aborder autant l’histoire de l’agriculture que le passé industriel de la vallée en reliant l’élevage ovin à l’industrie drapière autrefois très active. Un point d’accueil ainsi que quatre espaces de présentation devraient lui être dédiés dans le futur musée pour un investissement estimé à 140 000 €. Comme il est fait remarquer dans la présentation du projet, le site d’implantation ne se prête guère à la thématique, mais cet aspect est pris en compte. En effet, Thorame-Hte-Gare constitue plutôt un lieu d’accès au patrimoine ferroviaire. Localement, on dit aussi souvent « la Fleur » pour désigner ce lieu, en référence bien sûr à la chapelle et qui constitue un autre aspect historique et culturel du site.

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Visibilité et communication du site

La visibilité du lieu devrait être assurée par un réseau de totem (affichage de 2 m sur 1,5 m) sur lesquels on trouvera d’une part, les trois principaux sites valorisés, ainsi que les lieux annexes, d’autre part, des informations sur le Pays A3V, les offices de tourismes, une carte avec la localisation des points d’intérêt grâce à des pictogrammes, ainsi que les structures culturelles qui ne sont pas directement liées au projet. Un point d’honneur sera mis à les rendre accessibles aux publics handicapés.

Cette signalétique sera également accompagnée de la pose de panneaux plus discrets sur les différents points d’arrêt du train situés à l’intérieur du périmètre du Pays A3V, permettant de valoriser à la fois le patrimoine ferroviaire, le territoire et le projet global. La petite halte de Peyresq est également concernée.

Quelques remarques et réflexions

Sur l’aspect culturel et historique du lieu

Quelle sera la place accordée à ‘’l’interprétation’’ du lieu d’implantation (la gare, les ouvrages d’art et la chapelle de la Fleur) ? Comme on l’a dit en introduction, l’environnement local a été pris en compte dans le projet car le site est surtout marqué par le patrimoine ferroviaire, mais aussi la présence de la chapelle ‘’miraculeuse’’ de la Fleur aux origines très anciennes.

La gare et surtout le tunnel de la Colle sont situés en position intermédiaire entre d’une part, le bassin versant du Var et les Alpes-Maritimes, et d’autre part, la vallée du Verdon et la Haute Provence de Digne. Les nombreuses infrastructures qui entourent la gare mériteraient une mise en valeur globale sur les aspects historique et technique, et en particulier le tunnel de la Colle-St-Michel, ouvrage majeur de la ligne Nice – Digne qui a demandé à l’époque de sa construction, l’effort de centaines d’ouvriers étrangers. Ces derniers étaient installés au Plan-de-Lys côté Verdon et à Méailles côté Vaïre et ont laissé quelques traces dans différentes archives qu’il serait intéressant d’exhumer. Le choix définitif du tracé définitif par Thorame permettant de relier Nice à Digne, constituait aussi un choix politique permettant de désenclaver le Haut Verdon, rappelons qu’initialement la ligne s’arrêtait d’un côté à St-André-de-Méouilles (rebaptisé St-André-les-Alpes en 1927) et de l’autre à Puget-Théniers alors sous-préfecture des Alpes-Maritimes, et qu’un autre trajet était envisagé du côté de Vergons. A l’approche des célébrations du 100ème anniversaire de la ligne, Thorame-Gare ne pourrait-elle pas accueillir un lieu de mémoire et de valorisation du Train des Pignes, tourné vers le tourisme ?

L’autre aspect culturel et historique qui marque ce lieu de Thorame-Gare, c’est évidemment la chapelle de Notre-Dame de la Fleur et la légende qui l’accompagne. Quelques soient les convictions de chacun, la légende constitue indéniablement un élément identitaire local qui perdure depuis des siècles au point que l’on ne peut pas la dater avec précision ; le développement du chemin de fer y est peut être pour quelque chose dans la persistance du pèlerinage. Le bâtiment actuel et son histoire, la personnalité de l’abbé Pélissier mériteraient un petit travail de valorisation, en jouant peut être sur la curiosité du lieu et de l’histoire. Bien entendu, le patrimoine religieux n’est pas le plus porteur, il s’agit simplement de ne pas l’oublier.

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Quelles retombées pour Thorame-Haute (et Thorame-Basse) ?

Quelles seront les retombées concrètes pour les communes (et pour les centre-villages) ? Si l’on doit se réjouir pour le commerce du lieu, on ne peut s’empêcher de penser aux chefs-lieux des deux Thorame trop souvent déserts même au plus fort de la saison touristique. Thorame est un point de passage quasi obligatoire pour accéder au Haut Verdon et au Val d’Allos ; en prenant un peu de hauteur au dessus du village de Thorame-Haute, on peut voir le ballet des voitures le long du Verdon ou sur la route de la Colle, mais combien quittent la D 955 ou la D 908 pour franchir les quelques kilomètres qui les séparent de nos villages ?

Les deux Thorame comptent encore plusieurs commerces, et c’est une situation plutôt enviable pour un village comme Thorame-Haute qui ne compte que 220 habitants permanents, mais pour combien de temps encore ?L’affichage standardisé du projet pourra-t-il servir de point de renvoie vers les villages centres ? et pas seulement vers les autres sites du projet. Plus généralement, quels liens pourront être établis avec les autres espaces de découverte du patrimoine qu’ils soient aménagés ou non ou qui pourraient l’être ultérieurement ? Il s’agit ici de penser à tout un ensemble de ‘’petits patrimoines’’ qui jalonnent notre territoire et qui pourraient faire l’objet d’une approche globale et cohérente (patrimoine religieux riche et dense, fours, moulins, tours, etc). Car au fond, l’objectif est d’amener une fréquentation touristique pour dynamiser les centres anciens, pour maintenir les commerces les commerces s’y trouvent, et les petits producteurs agricoles. Pour cela, il faut évidemment capter les flux de visiteurs à travers différents points de passages, la gare étant l’un des principaux.


Et quelles connexions avec les autres projets et les autres sites ? Zoom sur Notre-Dame du Serret.

Concrètement, comment de futurs projets comme celui qui pourrait suivre la rénovation de la chapelle N.-D. du Serret, pourront-ils s’intégrer à cet ensemble muséographique à court, moyen ou long terme ? Pour la petite histoire, cette chapelle est liée historiquement à l’économie locale de Thorame mise en valeur dans le projet muséographique de la gare, ce qui lui procure une aussi une valeur symbolique. En effet, elle a été la propriété de l’abbaye de Lérins qui possédaient aussi des troupeaux, des terres, et qui ont introduit des métiers à tisser, bien avant l’aire industrielle). Cette chapelle ne pourrait-elle pas accueillir un espace du type de celui de la gare ? Les trois « projets FEDER » ont en commun l’agriculture et l’industrie : culture de la lavande / distillation, la culture du blé / minoterie, élevage ovin / filature. A Thorame-Haute, le ‘’petit patrimoine’’, le patrimoine religieux pourraient être valorisé, mais dans et autour du centre et en lien avec un projet structurant comme un espace muséographique. Des ponts pourraient être établis pour relier entre ces différents univers patrimoniaux sans difficulté. A Thorame-Basse, l’espace autour de Piégut pourrait en faire autant, l’histoire de la commune, de ses seigneurs pourraient également être présentée… Il faut bien voir que l’on n’est pas obligé de donner à découvrir un patrimoine dans un espace fermé, mais on peut aussi le présenter sous forme de cheminent et d’espaces d’interprétation laissant toute liberté au visiteur. Le bon sens voudrait qu’un espace historique et géographique aussi bien délimité que le Pays de Thorame, élabore un projet commun.

Conclusion

Le Pays de Thorame possède de nombreux atouts à valoriser, il doit pouvoir s’insérer pleinement dans un projet global comme celui portait par le Pays A3V. Les deux Thorame doivent pouvoir travailler ensemble et proposer un projet commun, il faut faire preuve d’un peu d’ambition pour ne pas rester spectateur des flux touristiques qui passent sur le sol même de nos communes. La mise en valeur du patrimoine, l’amélioration de la communication entre les acteurs, sur le terrain et en terme de communication, ne constituent pas des obstacles insurmontables. Pour cela on peut s’appuyer sur les bonnes volontés, sur les travaux déjà effectués (restaurations de bâtiments, documentations et archives), et surtout sur le projet FEDER lui-même. L’ambition globale du projet est bien de développer les possibilités économiques et sociales, hors Thorame est l’exemple même d’un territoire à l’économie fragile situé entre plusieurs zones touristiques, plusieurs espaces de montagne et plusieurs vallées. La présence économique de Thorame participe ou peu participer au projet global, il ne s’agit donc pas de  ‘’tirer à soi la couverture’’ mais de trouver une place entre les différents espaces qui l’entourent et participer de cette façon au projet dans sa globalité.

Voir aussi prochainement un article complémentaire sur l’étude Somival concernant spécifiquement le Haut Verdon.